• Home
  • Actualite
  • Salons
  • Crecendo 2026 : un salon d'agents résilient dans un marché de la chaussure fragilisé

Crecendo 2026 : un salon d'agents résilient dans un marché de la chaussure fragilisé

Salons|Compte Rendu
Crecendo mars 2026 Credits: F. Julienne
Par Florence Julienne

loading...

en
Scroll down to read more

Le salon de la chaussure Crecendo, qui se déroule le 1ᵉʳ et le 2 mars 2026 au Parc Floral, réunit 56 exposants autour des collections automne-hiver 2026/2027. Dans un marché en contraction, il demeure l’un des rares rendez-vous français spécialisés où les détaillants indépendants peuvent découvrir les tendances, nouer des contacts commerciaux et maintenir une dynamique collective.

À la différence d’autres salons professionnels, Crecendo n’est pas géré par une structure externe mais par une association loi 1901, ARICI (Association des Représentants Indépendants de Chaussures Internationales).

ARICI a pour mission l’organisation du salon Crecendo. Elle ne joue ni un rôle de fédération sectorielle, ni de porte-parole politique de la profession. L’association a nommé, en janvier 2026, un nouveau président : Christophe Trinel, également directeur du salon Crecendo.

Christophe Trinel, directeur du salon Crecendo Credits: F. Julienne

L’évènement est composé d’agents commerciaux, qui présentent des collections pour le compte de marques*, et d’usines (exemple JB Martin) qui exposent leur savoir-faire et leurs lignes. L’offre chaussure est complétée par quelques stands de maroquinerie.

Crecendo mars 2026 Credits: F. Julienne

Crecendo ne cible pas les grandes chaînes intégrées (Eram, Chausséa, etc.) qui disposent de leur propre réseau et centrale d’achats. Il s’adresse avant tout au tissu des indépendants multimarques, cœur historique du commerce de chaussures en centre-ville.

Il fonctionne sur un modèle classique de prise de commandes sur échantillons : présentation de prototypes, sélection par les détaillants, lancement des productions à partir des engagements de commandes dans une logique de volumes minimaux, car le prototypage de nouvelles formes, qui soient confortables, est coûteux.

Automne-hiver 2026/2027 : vers une tendance mode de bottes en nubuck ?

Crecendo mars 2026 Credits: F. Julienne

« Les plus gros vendeurs de chaussures en France sont, par ordre décroissant, Intersport, Chausséa, Décathlon, indique Christopphe Trinel à FashionUnited. La sneaker grand public à prix agressif (19,99 euros) est devenue une référence du marché. »

Dans ce contexte, la sneaker reste un pilier économique pour les chausseurs : 48 % des entreprises indiquent une évolution positive des ventes de sneakers, 15 % réalisent plus de 50 % de leur CA avec ce produit**.

« Sur cette édition mars 2026, l’offre semble moins dominée par la sneaker qu’auparavant, remarque le dirigeant. Par exemple, je vois beaucoup de bottes. Les bottes, ça revient comme les fraises. Il y a des saisons à bottes, et d'autres où ça se calme un petit peu, et puis ça revient. » Des bottes principalement réalisées en nubuck.

Un marché de la chaussure confronté à une érosion du maillage commercial

Si les détaillants qui visitent le salon sont décrits comme « ouverts à la nouveauté, la prise de risque reste limitée en période de marché tendu ».

La chaussure s’inscrit dans la crise vécue par le retail en général avec des chiffres d’affaires pour les chausseurs encore en recul de 2,20 % en 2025 (-3,50 % au troisième trimestre, -5,20 % au quatrième trimestre). Soit une baisse qui se cumule à celles de 2023 et 2024.

« Avec 19 % des revenus épargnés en France, l’arbitrage budgétaire est défavorable à l’habillement et à la chaussure », commente le directeur du salon.

Le parc des indépendants multimarques représente aujourd’hui 2 910 magasins et 2 110 entreprises (-12 % entre 2022 et 2024). 92 % d’entre elles sont des TPE (moins de dix salariés), 75 % ont un ou deux salariés.

30 % d’entre elles font de la vente à distance, mais cela ne représente que 2 % du chiffre d’affaires en moyenne. Le CA moyen par entreprise était estimé, en 2024, à 448 866 euros (-2 % vs 2023, -5 % vs 2019).

86 % des magasins sont implantés en centre-ville. Selon Christopphe Trinel, la chute de fréquentation en centres-villes est liée à un problème de trafic : complexification des accès, réduction du stationnement, politiques urbaines perçues comme contraignantes.

Les retail parks et centres type La Vallée Village offrent parking, horaires étendus, offre concentrée, mais les indépendants s’y installent peu pour cause de loyers élevés, engagements longs, masse salariale accrue (à cause des horaires) et du risque locatif (l’expérience Covid les a marqués car, au final, ils ont dû payer leur loyer alors que le magasin était fermé).

Un défi de transmission pour les petites structures indépendantes

Ce réseau de distribution est également confronté à un vieillissement des propriétaires de petites structures, qui ont soixante ans d’âge moyen, et à des difficultés à transmettre les fonds de commerce. 40 % des dirigeants envisagent de cesser leur activité dans les trois ans ce qui signe un risque de disparition accélérée du réseau.

Le modèle traditionnel du chausseur n’attire pas massivement la Gen Z, sauf via des concepts très orientés sneakers.

Crecendo, un acteur mobilisé au service d’un réseau de détaillants spécialisés

Enfin, autre ombre au tableau, le secteur n’est plus soutenu par l’industrie. La production française de chaussures existe encore (par exemple Mephisto, Eram), mais elle est devenue marginale à l’échelle globale. Comparée à l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, la France ne joue plus un rôle industriel dominant.

Le repositionnement possible est le très haut de gamme et une fabrication à forte valeur ajoutée, mais alors il faut viser l’export car le marché français reste toutefois caractérisé par un panier moyen relativement bas.

En 2024, le Français achetait en moyenne 2,5 paires de chaussures par an, avec un prix moyen de 80/85 euros la paire et une dépense annuelle estimée autour de 148 euros par personne sur la catégorie chaussure seule.

Crecendo mars 2026 Credits: F. Julienne

Dans ce contexte, Crecendo apparaît comme un salon de chaussures de résistance dans un marché confronté à une crise structurelle. D’où la volonté exprimée par le nouveau directeur de se rapprocher d’un autre salon de la chaussure, Centro.

Ce, pour mobiliser les forces et faciliter le travail des détaillants qui se déplacent dans la capitale, y sourcent leurs offres et s’inspirent des tendances saisonnières dans les salons professionnels.

*Exemples de marques exposantes : Geox, Lemon Jelly, Blundstone, Mephisto accessoires, Steve Madden, Toni Pons, Tamaris, SMR23, L’Atelier Charentaises, Aliwell, etc.

** Chiffres sourcés dans le rapport de branche des détaillants en chaussures (données 2024) et dans le Baromètre d’activité Boutique2Mode / FDCF 2025.

En résumé
  • Le salon Crecendo, géré par l'association ARICI, est un événement clé pour les détaillants indépendants de chaussures, présentant les collections automne-hiver 2026/2027 et servant de plateforme pour les tendances et les contacts commerciaux.
  • Malgré un marché en contraction et une forte présence des sneakers, le salon de mars 2026 a mis en lumière un retour notable des bottes, particulièrement en nubuck, suggérant une évolution des tendances pour la saison à venir.
  • Le secteur de la chaussure fait face à des défis structurels, notamment une érosion du maillage commercial indépendant, le vieillissement des propriétaires et des difficultés de transmission, soulignant l'importance de salons comme Crecendo pour maintenir la dynamique du réseau.
Chaussure
Salon