Incendies en Gironde : face à l'urgence, l'approvisionnement textile bloqué dans le Sud-Ouest

Les incendies en Gironde perturbent fortement la chaîne d'approvisionnement, bloquant les stocks et menaçant la qualité des marchandises dans le Sud-Ouest.
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Des pompiers luttent contre un incendie à Marcheprime, à l'ouest de Bordeaux, le 26 juillet 2026. Credits: Photo by ALAIN JOCARD / AFP
Par Julia Garel

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Bloqués dans des entrepôts évacués, privés d'axes routiers majeurs ou menacés d'être dépréciés par les fumées toxiques : en pleine saison estivale, les stocks de textile et d'habillement subissent un choc sans précédent dans le Sud-Ouest.

Depuis plusieurs jours, un incendie massif ravage le département de la Gironde et impacte de nombreuses communes, de la presqu'île du Cap-Ferret aux portes de Bordeaux. Alors que les feux de forêt continuent de faire rage, l'attention médiatique se porte légitimement sur les évacuations et le travail des sapeurs-pompiers. Mais en arrière-plan, c'est un séisme d'une tout autre nature qui frappe les professionnels de la mode, du textile et de la distribution. À l'heure du sprint final des soldes d'été, la supply chain régionale est sous perfusion.

Sites logistiques à l'arrêt

Au sud de la métropole bordelaise, le pôle logistique stratégique de Cestas est plongé dans une mise à l'arrêt forcée. Située sur la commune de Cestas, au carrefour de l'A63, la plateforme de Le Roy Logistique – véritable hub de transit pour de nombreuses enseignes de prêt-à-porter – ne fonctionne plus. La commune ayant fait l'objet d'un arrêté d'évacuation générale face à l'avancée des flammes, l'accès aux sites est interdit aux salariés et aux transporteurs.

Le géant de la livraison express Chronopost subit le même sort. L'agence a indiqué sur son site web qu'en raison des incendies en Gironde, « plusieurs évacuations ordonnées par les autorités perturbent voire suspendent [leurs] opérations de distribution et de collecte ».

Pour les acteurs de l'e-commerce textile et les détaillants dépendants du réassort d'urgence du « dernier kilomètre », le blocage est immédiat : ni la collecte auprès des hubs, ni la distribution finale ne peuvent être assurées.

Autre entreprise touchée : le site logistique de Cdiscount situé à Cestas s'est retrouvé samedi soir « au cœur d’une nouvelle zone d'évacuation », informe le journal Sud Ouest. Selon le média, le site qui compte d'ordinaire 500 personnes est désormais vide, seule la surveillance est assurée. Située à Mérignac, zone évacuée par les autorités, l'entreprise logistique d'e-commerce La Log a confirmé à FashionUnited être elle aussi impactée.

Mais l'impact opérationnel s'étend bien au-delà de ces entrepôts : c'est toute la veine d'approvisionnement reliant la métropole bordelaise au sud du bassin d'Arcachon qui s'est effondrée.

Avec la fermeture préventive de l'A63 sur plus de 60 kilomètres et la paralysie des axes secondaires traversant Marcheprime, Mios et Biganos, l'acheminement des marchandises vers les zones touristiques (Arcachon, La Teste-de-Buch, Biscarrosse) est physiquement rompu. Les transporteurs régionaux doivent opérer des déviations majeures, multipliant par trois les temps de trajet et l'empreinte carbone des livraisons.

Patrick Seguin, président de la Chambre de commerce et d’industrie, a indiqué au journal Sud-Ouest que « 14 500 entreprises dans les secteurs évacués vont directement être impactées, dès lundi, par l’annonce de la préfète, d’aucun retour possible dans les 22 communes évacuées, et donc d’aucune activité économique ». Sophie Brocas, la préfète de la Gironde avait déclaré que la journée du lundi 27 juillet ne sera pas travaillée dans les communes concernées.

Le risque invisible : la dépréciation des stocks par les fumées

Au-delà des ruptures d'approvisionnement et des risques d'incendie direct, un problème technique majeur guette les gestionnaires de stocks : la contamination par la suie et les fumées.

Le textile est une matière particulièrement poreuse et vulnérable. Même dans un entrepôt ou une boutique qui n'a pas été touché par les flammes, l'infiltration prolongée de fumées denses chargées en microparticules peut imprégner les fibres de manière persistante, rendant des lots entiers de vêtements invendables.

Les entreprises du secteur devront mener des audits sanitaires rigoureux dès la levée des barrages. Pour beaucoup d'acteurs de l'habillement, des dépoussiérages industriels lourds, voire la mise au rebut complète de collections entières, seront à prévoir, ouvrant un bras de fer complexe avec les compagnies d'assurance sur le motif des pertes d'exploitation indirectes.

Aides aux entreprises

Concernant les aides mises en place pour les entreprises, un numéro unique a été créé : le 3006. Par ailleurs, l’Urssaf (Union de Recouvrement des Cotisations de Sécurité Sociale et d'Allocations Familiales) et le CPSTI (Conseil de la protection sociale des travailleurs indépendants) ont annoncé avoir activé « des mesures d’urgence pour accompagner les usagers dont l’activité a été affectée par les incendies survenus en Languedoc-Roussillon, en Ile-de-France, en Gironde, dans les Landes, et les intempéries et les incendies en Rhône-Alpes début et mi-juillet. »

La Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Gironde rappelle que pour les entreprises « dont l’activité est directement affectée par les mesures d’interdiction temporaire d’activité ou d’accès » il « est possible de demander le bénéfice de l’activité partielle pour le motif "Toute autre circonstance de caractère exceptionnel" ».

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