Fast-fashion : Le Haut-Commissariat au Plan (HCSP) dénonce des bonnes affaires en "trompe-l'œil"
loading...
Paris (France) - L'ultra fast-fashion, présentée par ses acteurs comme un moyen de s'habiller à moindre coût, est un leurre pour le pouvoir d'achat et revient finalement plus cher que des vêtements vertueux, selon une note du Haut Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP) vendredi.
Au cœur du constat : la durée de vie des vêtements. Selon le HCSP, organisme rattaché au gouvernement, la comparaison du coût par rapport au nombre d'utilisation révèle un écart significatif : un jean durable fabriqué en France revient à entre 0,57 et 0,71 euro par utilisation, contre 0,80 à 3,42 euros pour un jean d'ultra fast fashion, porté seulement 7 à 30 fois.
Cette faible durabilité engendre une surconsommation massive : les clients de l'ultra fast fashion (Shein, Temu, etc.) achètent 27 % d'articles de plus que la moyenne. En comparaison, les clients de la fast-fashion première génération (Zara, H&M, etc.) achètent 8% d'articles en plus.
"Cette surconsommation entraîne un surstock d'habits neufs dans les placards. Ainsi, on peut estimer que près de 120 millions d'articles neufs acquis depuis trois mois ou plus sont inutilisés, représentant pour 1,87 milliard d'euros d'habits non utilisés", estime la note (données de l'Ademe et de l'Obsoco).
Si Shein, Zara et H&M représentent 40 % du marché de la mode en volume, Shein est devenue la première enseigne de mode en France en 2024, avec 2,2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, relève la note, à partir des données du média spécialisé LSA.
L'étude pointe des risques sanitaires (articles dépassant jusqu'à 400 fois les seuils légaux de substances toxiques) et une empreinte carbone croissante : Shein a émis 26,2 millions de tonnes de CO2 en 2024 (+23,1% par rapport à 2023), soit autant que le Danemark.
La note montre que l'ameublement est également concerné par la déco éphémère. "En 2025, Shein, Temu, Alibaba et Amazon représenteraient déjà 15% du marché français de l'ameublement, alors même qu'ils en étaient totalement absents avant le début de la décennie 2020", rapporte le document.
Dans ses conclusions, dévoilées mercredi par son dirigeant Clément Beaune, le HCSP recommande de freiner les importations ultra bon marché, notamment via une redevance européenne de 10 à 15 euros sur les petits colis, réaffectée au financement de la réindustrialisation textile en Europe.
Le Plan propose aussi d'aider les ménages modestes à accéder à des vêtements durables fabriqués en France ou dans l'UE via un écochèque, inspiré des chèques-vacances. D'autres propositions sont avancées, comme une TVA réduite de 5,5% sur les réparations de vêtements.