Mode durable : pour Armedangels, l'avenir de l'innovation textile passe par son industrialisation
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Rencontrée sur Paris, Julia Kirschner, directrice Impact & Innovation d'Armedangels, évoque, pour FashionUnited, le principal défi de l'innovation textile : en l’occurrence il ne s’agit plus seulement d'inventer de nouvelles fibres, mais de transformer les plus prometteuses en produits industriels viables.
Fondée en 2007 à Cologne, Armedangels, 89,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, est une marque allemande de prêt-à-porter. Elle est actuellement distribuée en ligne et dans une trentaine de points de vente en France.
Depuis sa création, la durabilité fait partie de son ADN. Plus de 99 % du vestiaire est constitué de coton biologique, coton recyclé, chanvre et lin. Les fibres d'origine fossile représentent moins de 3 % du sourcing.
La firme a notamment intégré ou codéveloppé plusieurs innovations textiles, parmi lesquelles : Saxcell, une fibre composée de 30 % de déchets textiles pré et postconsommation et de 70 % de pâte cellulosique ; RCO-100, un tissu en coton 100 % recyclé mécaniquement ; Naya Renew, une fibre d'acétate issue en partie de déchets plastiques.
Ou encore Ripstop en Tencel™ Lyocell, destiné aux coupe-vent, qui contient 99,9 % de composants sans plastique. Un résultat notable sur le segment des vêtements techniques où les fibres synthétiques sont largement dominantes.
« Nous avons mis en place un processus très strict. Chaque innovation doit répondre à nos exigences en matière d'impact, de qualité, de toucher et, bien sûr, de prix, indique Julia Kirschner. L'intégration d’une nouvelle matière nécessite un travail avec le développeur de la fibre, les filateurs, les tisseurs et les confectionneurs afin de vérifier sa compatibilité à chaque étape de la fabrication. »
Le défi ? Réunir les conditions techniques, industrielles et économiques pour un déploiement à grande échelle
« Certaines innovations peuvent échouer à n’importe quelle étape de la chaîne de production, ajoute Julia Kirschner. Tout simplement parce que leurs propriétés techniques ne correspondent pas encore aux exigences du produit final. »
Les difficultés apparaissent à différents stades du développement. La première concerne la qualité : certaines nouvelles fibres ne présentent pas encore les caractéristiques techniques requises
Les contraintes peuvent également être industrielles. Toutes les usines ne sont pas prêtes à consacrer du temps et des ressources à tester une nouvelle matière. À cela s'ajoutent des questions de volumes disponibles ou de coût, qui peuvent empêcher une innovation d'être intégrée dans une collection.
Enfin, certaines matières prometteuses ne disposent pas encore des données nécessaires pour démontrer leurs bénéfices environnementaux. « Nous avons besoin de données pour montrer qu'une matière consomme moins d'eau ou présente un meilleur impact environnemental. Ce ne peut pas être une simple intuition, explique la responsable innovation.
« Tout est une question de passage à l'échelle. Aujourd'hui, ce sont de très belles innovations, mais elles sont encore toutes au stade pilote. Nous devons les déployer à plus grande échelle pour pouvoir accroître leur impact », conclut Julia Kirschner.