La première collection de John Galliano pour Zara : l'apothéose de la « fast couture »
Madrid – Il y a deux ans, FashionUnited mettait en lumière une tendance de fond chez Zara : la naissance de ce que nous avions baptisé la « fast couture ». C'était alors l'aboutissement d'une tendance qui couvait depuis un moment chez Zara : la chaîne phare du groupe Inditex faisait évoluer le concept de « fast fashion » pour s'approprier les codes, l'esthétique et les processus de la Haute Couture. Cette approche, de plus en plus visible chez d'autres géants du secteur, atteint aujourd'hui son apogée chez Zara avec « Re{form} Zara Vol. 1 » : la première collection conçue pour l'enseigne par John Galliano, ancien directeur créatif de Givenchy, Dior et Margiela. Une collaboration qui s'inscrit dans le cadre d'un accord de deux ans annoncé en mars 2026.
Conformément au calendrier annoncé et mis à jour récemment par la direction de l'enseigne, la date du 1er octobre a été choisie pour le lancement de cette première collection Zara par John Galliano. Comme attendu pour un projet de cette envergure, la proposition sera officiellement dévoilée à travers une « installation et expérience » éphémère à Paris, en marge de la Semaine de la mode. Zara, Inditex et Galliano créent ainsi l'événement avec une activation qui se tiendra du 1er au 6 octobre, au 70 rue des Archives. Accessible sur rendez-vous via le site officiel de Zara, cette visite permettra de découvrir en détail les vêtements et accessoires de la collection. John Galliano a puisé son inspiration dans son imaginaire des « révolutionnaires françaises » et dans les techniques de Haute Couture acquises au fil de sa carrière, en retravaillant des pièces issues des archives de Zara.
« Re{form} Zara est un acte de révolution, de reconstruction et de renouveau: une collaboration créative entre le couturier John Galliano et Zara », explique la direction de l'enseigne, ajoutant que dès ce premier opus, « un dialogue s'ouvre entre le créateur et les archives de Zara ». L'enseigne ajoute : « Conçue par John Galliano et construite à partir de la mémoire de Zara, la proposition, non genrée, part de vêtements et d'accessoires archétypaux qui sont re{form}és grâce à des techniques de Haute Couture et reproduits dans de nouveaux matériaux ». Tout repose sur le « dialogue intime entre le couturier John Galliano et les pièces essentielles du vestiaire de Zara ».
Dans le cadre de cette collaboration, et dès cette première collection, le créateur « considère les pièces d'archives comme des prototypes », qu'il « coupe, déconstruit et recompose spontanément pour créer de nouvelles expressions ». Un univers « reformé » d'où, « de manière instinctive, prennent vie des personnages issus d'un chapitre fondamental » de l'univers créatif de Galliano : « les incroyables » et « les merveilleuses ». Ces « dandys et divas rebelles de la France post-révolutionnaire » sont ici « réinterprétés avec un regard contemporain à travers des compositions subversives et illusoires », enrichies de nouvelles perspectives inspirées de « l'esprit bourgeois du vestiaire de jardinage » et du « glamour cinématographique du "film noir" ».
Les techniques de la Haute Couture au service de Zara
En s'appuyant sur ces principes fondateurs, dignes de ceux régissant les collections des grandes maisons de couture, cette première ligne a vu le jour. On pourrait d'ailleurs la décrypter à travers deux prismes. l'esthétique, où l'on retrouve les « merveilleuses » et les « incroyables » de l'imaginaire de Galliano, qui ont non seulement guidé le créateur mais incarnent aussi la campagne publicitaire ; et la forme. Cette dimension, celle des lignes et des patrons, est intrinsèquement liée à l'esthétique et a été façonnée par Galliano grâce à sa maîtrise des techniques de Haute Couture.
Le résultat de ce double processus est une collection dans laquelle le créateur introduit chez Zara des techniques habituellement réservées à la Haute Couture, qu'il a perfectionnées tout au long de sa carrière. C'est le cas de la technique « the flix », dont le nom, explique la marque, s'inspire des folioscopes qui créent l'illusion du mouvement. Dans la mode, cette « illusion » se traduit par la superposition de plusieurs vêtements pour former une pièce à l'identité plus forte. Dans cette collection, cela se manifeste par exemple à travers des robes transparentes qui se superposent, ou un manteau des archives de Zara « re{form}é » en un corsage translucide avec des détails en fausse fourrure au col, aux poignets et à l'ourlet. Cette pièce peut être portée de multiples façons, superposée à n'importe quelle autre tenue.
La deuxième technique notable est « the shi/ft », qui consiste à reconfigurer des vêtements existants en modifiant leurs dimensions, leur coupe ou leur matière pour les redéfinir complètement et les classer dans de nouvelles catégories. Ce processus est très présent dans la collection, où des chemises des archives de Zara sont « transformées » en manteaux de cuir, une robe en dentelle devient un col à jabot, un pull d'archive retourné se porte comme une étole, ou encore des « caleçons sans-culotte » naissent de la fusion de pantalons et de shorts issus des archives de l'enseigne.
Enfin, la technique « deep pockets » permet de doter le tailoring d'un « langage corporel » en ajustant la structure des épaules, de la taille ou des poches. Cette technique, qui a fait le succès de Galliano chez Margiela, se retrouve dans cette collection pour Zara à travers des vestes d'archives modifiées. On retrouve ainsi dans les visuels de la collection, l'attitude provocante et les « expressions énergiques » que Galliano imagine pour ses « incroyables » révolutionnaires, en s'inspirant d'illustrations de la France post-révolutionnaire.
L'enseigne d'Inditex cite également d'autres « techniques », telle que « in-cut-yable », une manière de retravailler les manteaux pour les transformer en redingotes ou encore le « wrapture », une combinaison de jupes, de fonds de robe et de doublures d'archives Zara inversés et fusionnés pour créer des jupes portefeuille.
Robes drapées, trenchs en vinyle, chapeaux de Stephen Jones et sac « signature » de Zara (inspiré d'un sac-poubelle)
Au-delà des techniques de construction, la collection repose sur une riche palette de couleurs. Elle part des teintes classiques du vestiaire masculin – noir, gris, marron, bordeaux, bleu marine et blanc – pour s'ouvrir à des touches de rouge et à des nuances inspirées du jardinage et du film noir. Ces contrepoints esthétiques se traduisent par des verts olive, des kakis, des menthes, des bruns, des dorés, des bleus pâles, des ocres et des oranges, ainsi que par des roses orchidée, des violets, des turquoises et des verts acides.
Sur cette palette de couleurs se déploient les différentes pièces de la collection : des robes drapées en voile de chiffon, avec des imprimés dentelle ou des détails en vinyle ; des manteaux, des vestes, des redingotes, des costumes et des culottes dans les lainages traditionnels du vestiaire masculin ; des robes en résille avec des détails en fausse fourrure ou des plumes en georgette ; des chemises en popeline; des trenchs en laine, coton et vinyle ; ou encore des blousons et des jupes crayon en cuir.
Ces pièces sont complétées par une gamme d'accessoires, notamment des chaussures d'archives revisitées par le créateur, des cols montants amovibles d'inspiration romantique et des cravates lavallière en soie, des gants opéra en tulle et en cuir, des chaussettes hautes côtelées à porter froncées sur les talons, une collection de chapeaux cocréée avec le modiste Stephen Jones, et enfin le « Tri-Chic », le premier sac « signature » de Zara. Un design qui s'annonce déjà controversé, inspiré d'un sac-poubelle.
« Le ‘Tri-Chic’ est un sac seau réversible qui détourne le langage des sacs-poubelle pour le transposer dans l'univers glamour de la maroquinerie », explique la direction de l'enseigne. « Son nom est un clin d'œil au ‘tri sélectif’ ».
- Zara lance “Re{form} Zara Vol. 1”, la première collection conçue par John Galliano, marquant l'apogée de la stratégie de “fast couture” de la marque.
- La collection est présentée via une installation éphémère à Paris pendant la Semaine de la mode, offrant une expérience immersive pour découvrir les pièces.
- Galliano y introduit des techniques de Haute Couture comme “the flix”, “the shi/ft” et “deep pockets”, réinterprétant les archives de Zara avec une inspiration actualisée de ses emblématiques “révolutionnaires français” et dévoilant le premier sac signature de l'enseigne: le “Tri-Chic”.