Scientific Day 2026 : Paris Good Fashion ouvre le débat sur la décroissance
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Mercredi 8 juillet 2026 s'est tenue la première journée du Scientific Day, événement organisé par Paris Good Fashion. Une édition marquée par l'entrée de la décroissance au programme des débats.
Dirigée par Andrée-Anne Lemieux, directrice du développement durable de l'Institut Français de la Mode (IFM), professeure et directrice de la chaire Sustainability IFM-Kering, en amont de la deuxième édition du Midsummer Camp de Paris Good Fashion 2026, cette journée a réuni chercheuses (neuroscience, psychologie, design, science de l'ingénieur, sociologie, etc.), enseignantes et spécialistes (une majorité de femmes). La diversité des profils a permis d'aborder la transformation de la mode sous des angles complémentaires.
Pour la première fois, l’événement initié par Paris Good Fashion, association réunissant les grands acteurs français de la mode (LVMH, Kering, Galeries Lafayette, Etam, SMCP, Kiabi…), a consacré une table ronde à la décroissance.
Alors que les précédents travaux portaient principalement sur la décarbonation, l'économie circulaire, la traçabilité ou encore le recyclage, cette journée scientifique a déplacé le débat.
« La véritable question est la suivante, a introduit Andrée-Anne Lemieux. Comment construire un système de mode où chaque vêtement mérite d'être fabriqué, porté, réparé, transmis et finalement de faire l'objet de notre attention et de notre soin ? »
Pour Mariana Pereira Silva, doctorante à l'Université de Lisbonne : « La décroissance est inévitable. Il est physiquement impossible de continuer à croître au rythme actuel. La question est de savoir si nous sommes prêts à adopter une position proactive et à préparer cette transition. »
L'économie circulaire confrontée au défi du passage à l'échelle
La chercheuse britannique Talia Hussain a remis en question les projections économiques souvent avancées en faveur de l'économie circulaire : « Tous les chiffres renvoient à un rapport publié en 2017 par la fondation Ellen MacArthur. Selon ce rapport, la revente et la location créeraient beaucoup de valeur. Mais si vous remplacez une vente neuve à forte marge par une location ou une revente à faible marge, vous ne gagnerez pas plus d'argent. Vous en gagnerez moins. »
Pour Handan Vicdan, professeure à l'EM Lyon Business School, l'upcycling peut créer des emplois locaux et renforcer les réseaux territoriaux de partage de matières, mais il reste souvent cantonné à des collections capsules. À lui seul, il ne permettra pas de transformer le secteur si les volumes de production continuent à augmenter.
La surproduction constitue le principal problème structurel de la mode
Selon Talia Hussain, les gains d'efficacité industrielle permettraient de réduire les émissions d'environ 10 %, tandis que la surproduction représenterait près de 50 % des impacts du secteur. Aussi, au-delà des solutions techniques, les intervenantes ont clairement interrogé le modèle de croissance de l'industrie de la mode et plaidé pour des modèles économiques fondés sur la durabilité plutôt que sur le volume.
Parmi les pistes explorées, les discussions ont porté sur la réduction des quantités fabriquées, la fixation de plafonds de production et de consommation, la conception de produits plus durables et le développement de la réparation.
Handan Vicdan estime que le désir de nouveauté est largement construit par les acteurs de la mode : « si les marques ont su créer un désir permanent de nouveauté, elles pourraient également créer un désir de « suffisance » (sufficiency en anglais).
Décroissance : repenser l'emploi plutôt que le sacrifier
Mariana Pereira Silva a expliqué que la décroissance ne signifie pas nécessairement une destruction massive d'emplois. Elle estime qu'une baisse des volumes pourrait d'abord conduire à la disparition de formes de travail jugées indésirables, comme le travail des enfants, les journées de dix à douze heures ou le recours systématique aux heures supplémentaires.
Selon elle, des objectifs de production moins élevés permettraient également d'alléger la pression exercée sur les ouvriers et d'améliorer leurs conditions de travail.
En parallèle, elle considère que la transition pourrait favoriser l'émergence de nouveaux emplois dans l'économie circulaire et d'autres activités liées à la transformation du secteur.
Toujours en amont du Midsummer Camp 2026, la durabilité extrinsèque, notamment par les travaux menés dans le cadre du projet BOND (Building On New Durability standards), l'industrialisation et l'éducation ont, elles aussi, été abordées comme des leviers indispensables pour accompagner la transformation vers une mode durable. FashionUnited aura l’occasion de revenir sur ces sujets.
- Le Scientific Day 2026 de Paris Good Fashion a introduit la décroissance comme sujet de reflexion, remettant en question le modèle de croissance actuel de l'industrie de la mode.
- Les discussions ont souligné que l'économie circulaire, bien que prometteuse, ne peut à elle seule transformer le secteur si la surproduction persiste, cette dernière étant identifiée comme le principal problème structurel.
- La décroissance est présentée non pas comme une menace pour l'emploi, mais comme une opportunité de repenser les conditions de travail et de créer de nouveaux emplois dans une économie de la mode plus durable et attentive à la qualité plutôt qu'au volume.