Fashion Talks Anvers : Botter et Klausner sur les tensions au sein d'une grande maison de mode
Au sommet du Botanic Sanctuary, un ancien monastère aujourd'hui transformé en hôtel cinq étoiles au cœur d'Anvers, les passionnés de mode et les professionnels se sont réunis pour les Fashion Talks annuels. La salle, avec son toit en pente et ses poutres en bois, est intime, surtout lorsqu'elle est comble. Elle ressemble à une église clandestine. Une comparaison appropriée, car Anvers est aussi une sorte de chapelle de la mode, en tant que berceau des Six d'Anvers.
Après eux, de nombreux autres talents issus des écoles de mode belges ont émergé. Deux d'entre eux sont sur scène aujourd'hui : Julian Klausner (Dries Van Noten) et Rushemy Botter, accompagné de sa partenaire et compagne Lisi Herrebrugh (Botter, G-Star). Ils parlent avec franchise de la liberté, de la pression et de la créativité au sein d'une grande maison de mode.
Botter : l'art de se lancer
Rushemy Botter et Lisi Herrebrugh, le duo de créateurs néerlandais derrière Botter, ne cessent d'explorer de nouvelles voies. Après un démarrage en trombe avec leur propre label en 2018, qui leur a immédiatement valu de grands prix de la mode, ils ont pris la direction créative de Nina Ricci, puis de la ligne Raw Research de G-Star. Qu'a appris le duo de ces ascensions rapides ?
Le couple se trouvait dans la cuisine de la mère de Rushemy lorsque le chasseur de têtes a appelé. Nina Ricci, c'était une autre paire de manches : un style plus classique et une entreprise plus grande. Lisi raconte : « Soudain, nous avions une équipe énorme. La première semaine, nous cherchions sur Google en quoi consistait le poste de chacun. Que fait un directeur de la communication ? Nous ne voulions pas montrer que nous ne le savions pas. Aujourd'hui, nous pouvons en parler honnêtement. Mais nous n'en avions aucune idée. »
Des choix délibérément naïfs
Rushemy décrit leur “oui” pour le poste chez Ricci comme un choix délibérément naïf. Il n'y avait aucune crainte à l'idée de se lancer dans quelque chose de grand. Il ne s'agissait pas non plus de prestige, dit-il : « C'était plutôt le sentiment d'avoir un pied dans la porte. On joue en Ligue des champions. On va à Paris, c'était un rêve pour nous. »
Nina Ricci avait besoin du duo pour son “cool factor”. Inversement, la marque Botter avait besoin de visibilité et de financement, ce qui était possible grâce aux revenus de leur travail à Paris. « Tout l'argent que nous gagnions, nous l'investissions dans Botter. Le plan était que Botter se développe de manière autonome. Mais la réalité est la suivante : Botter est très créatif, la Covid-19 a frappé, et nous avions besoin de plus pour maintenir la marque en vie et poursuivre notre rêve. »
Le premier jour chez Nina Ricci, une licorne gonflable attendait les Botter – un symbole de la liberté qui leur était promise. La promesse était une carte blanche. La réalité fut tout autre ; il y avait beaucoup de pression, explique Lisi. « D'abord, on ressent la pression des chiffres. Ensuite, il faut être rigide dans sa vision. Après quelques années, il était temps de passer à autre chose. »
Novices en denim
Chez G-Star, ils sont arrivés en tant que novices du denim. Aujourd'hui, ils apprennent énormément, et c'est un plaisir : de la manière dont les tissus sont assemblés à la position correcte de la braguette. Cela aide à réveiller une telle entreprise de l'intérieur, explique Rushemy. « Les passionnés de denim savent tout, mais s'expriment rarement – ce sont des règles tacites. Nous, nous posons les questions et voulons entendre les réponses que l'entreprise avait fini par considérer comme acquises. »
En tant que label, Botter est resté silencieux pendant un certain temps, mais un retour est en préparation. « Ça va être dingue », confie Rushemy. Il n'est pas toujours aussi positif. Il y a eu des périodes où ils se demandaient s'ils retrouveraient un jour l'inspiration. « Parfois, nous nous sentons tous les deux misérables, alors nous sommes très silencieux. C'est alors à celui qui se sent un peu moins mal de tirer l'autre vers le haut. Mais nous menons ce combat ensemble. Et c'en est un. On se bat pour ses convictions, pour son design, pour payer le loyer, pour la survie de son entreprise. »
Éloges pour Klausner
Une succession difficile ? Klausner semble la gérer sans effort. Le tout nouveau directeur créatif qui a succédé à Dries Van Noten est accueilli comme une superstar à Anvers. « Michelle Obama veut aussi qu'il continue sur cette voie », lance la modératrice Chioma Nnadi du Vogue britannique. Au lieu de se laisser griser par son statut de star, Klausner raconte calmement comment il est arrivé à ce poste.
Klausner grandit à Bruxelles, étudie à La Cambre et, de fil en aiguille, atterrit dans l'atelier anversois de Dries Van Noten, six ans avant sa nomination comme directeur créatif. Il décrit sa promotion comme un processus minutieux et professionnel : ce n'était pas simplement la préférence personnelle de Dries, et il a dû avant tout faire ses preuves auprès de la direction.
« M'installer dans le bureau de Dries a été un moment étrange pour moi. J'avais encore l'impression que c'était son bureau, c'est un endroit très spécial. Il m'a fallu un certain temps pour me sentir à l'aise dans cet espace. »
Rebondir
De Dries, il apprend à ne pas baisser les bras quand les choses tournent mal, car cela arrive constamment. « Dries ne perdait jamais de temps en frustration ou en déception lorsque les choses ne fonctionnaient pas ou ne ressemblaient pas à ce qu'il espérait. Il réagissait vite, s'adaptait rapidement et utilisait les contretemps à son avantage. Il faut savoir rebondir rapidement. »
Lorsqu'on l'interroge sur les archives, avec des attentes élevées, Klausner doit décevoir : c'est un système bien organisé, où l'on voit surtout beaucoup de housses à vêtements noires. Ce que Dries a créé en quarante ans, il le décrit comme un équilibre entre le rêve et la réalité – la marque de fabrique de la maison, à laquelle Klausner reste résolument fidèle.
« Il y a toujours eu beaucoup de storytelling et de fantaisie au sein de la maison, mais nous avons aussi des garde-robes à remplir. Le but est de créer un vêtement qui sert quelqu'un et lui procure de la joie ou de l'enthousiasme. Il n'y a rien de plus satisfaisant que de voir quelqu'un porter les pièces encore et encore, et des décennies plus tard, toujours avec la même affection. »
S'il doit choisir entre trop audacieux ou trop sage et commercial, il opte pour la première option. « C'est aussi l'esprit de la maison et des créateurs anversois : la créativité doit rester une priorité. » C'est son ode à Dries.
Ping-pong créatif
Aux étudiants et jeunes créateurs, il conseille : osez faire des erreurs et expliquez pourquoi quelque chose vous plaît. Dries appelait cela le ping-pong créatif. « Pour bien jouer au ping-pong, il faut savoir bien expliquer ses choix. »
À la question de savoir ce que signifie être un créateur belge, il répond : « En tant que Belge, on ne se prend pas trop au sérieux dès le départ. Il n'y avait pratiquement pas d'héritage de mode à Anvers, donc la première vague de créateurs, les Six d'Anvers, avait tout à construire. Il n'y avait pas le poids d'un certain héritage ou de quelque chose à quoi être comparé. Cela donne une certaine liberté créative. L'idée de luxe n'est pas non plus très présente ici. Il s'agit davantage de qualité et d'intégrité créative — quelque chose qui a du sens et qui est fait avec intention. »
FashionUnited s'est rendu à Anvers sur invitation de Flanders District of Creativity.
Cet article a été traduit à l'aide d'un outil d'intelligence artificielle, puis vérifié et édité par un journaliste de FashionUnited.
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