Fashion Week de Paris PE27 : les designers donnent un nouveau souffle aux codes établis

Mode|COMPTE RENDU
Miu Miu, Celine, Julie Kegels, Chanel PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight
Par Wietse van der Veen

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Après des saisons marquées par la valse des créateurs, la Fashion Week féminine de Paris PE27 s'est moins concentrée sur l'introduction de nouveaux noms que sur l'affirmation d'identités créatives fortes. Alors que Jonathan Anderson chez Dior et Matthieu Blazy chez Chanel continuent de façonner leur vision au sein des maisons françaises, la jeune garde, incarnée par Julie Kegels et Marie Adam-Leenaerdt, impose ses codes avec toujours plus d'assurance.

Le résultat : une semaine de la mode où l'avant-garde ne passe pas nécessairement par une esthétique de rupture. L'innovation surgit parfois d'un nouveau regard porté sur une pièce classique, de l'application littérale d'un concept stylistique ou de l'évolution de signatures bien connues.

En bref :
  • La Fashion Week Femme de Paris PE27 a mis en lumière l'affirmation de visions créatives propres, tant chez les créateurs établis comme Jonathan Anderson (Dior) et Matthieu Blazy (Chanel) que chez les jeunes talents tels que Julie Kegels et Marie Adam-Leenaerdt.
  • L'innovation s'est manifestée par la réinterprétation du vestiaire quotidien, avec des marques comme Miu Miu et Celine mélangeant sportswear, tailoring et éléments de soirée pour créer de nouvelles allures.
  • Les maisons de luxe comme Chanel, Dior, Saint Laurent, Alaïa, Hermès et Louis Vuitton ont présenté des collections qui, chacune à leur manière, affinent leurs codes, explorent de nouvelles proportions ou adoptent des approches stylistiques distinctes, du glamour maximaliste de Saint Laurent à la légèreté d'Hermès.

La nouvelle garde façonne son propre lexique

Julie Kegels, de la marque éponyme fondée en 2024, en est un parfait exemple. Elle a ouvert la Paris Fashion Week avec sa collection printemps-été 2027 intitulée « Apple of the Day ». La créatrice belge est partie d'une habitude quotidienne : manger une pomme Jonagold chaque jour. De la célèbre anecdote d'Isaac Newton et de la pomme qui tombe, elle en est venue au principe de la gravité.

Julie Kegels PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Ce principe physique a été directement transposé dans la silhouette. Les robes semblent glisser des épaules, les jupes descendent vers les hanches et les pantalons arborent des fourches extrêmement basses. Dans certains vêtements, Julie Kegels a même intégré de petits poids, afin que les tissus tombent littéralement le plus bas possible autour du corps.

Julie Kegels PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

La collection est également arrivée à un moment important pour la créatrice. Le mois dernier, Julie Kegels a remporté le Prix LVMH pour les Jeunes Créateurs de Mode 2026, doté de 400 000 euros et d'un an de mentorat par des experts de LVMH.

Marie Adam-Leenaerdt continue également de développer un vocabulaire de plus en plus reconnaissable. La créatrice belge a remporté cette année le Grand Prix des ANDAM Fashion Awards, d'une valeur de 300 000 euros, et a basé sa collection PE27 sur ce qu'elle dit avoir appris au cours de ses sept saisons précédentes. La collection introduit également pour la première fois des pièces pour hommes.

Là où Kegels s'appuie sur un principe de physique, Adam-Leenaerdt joue sur la déformation des vêtements du quotidien. Son défilé a pris la forme d'un supermarché surréaliste, tandis que les tenues oscillaient entre aspect pratique et élégance outrancière. Selon la créatrice, cette collection pensée pour faire ses courses, aller au marché ou assister à un match de football a été délibérément rendue « trop chic ».

Des doudounes et des manteaux-cardigans évoquaient l'ordinaire, mais étaient conjugués à des volumes sculpturaux. Les robes s'enrichissaient de mini-cerceaux aux hanches pour exagérer la ligne, les jupes courtes semblaient léviter autour de la taille, tandis qu'un taffetas froissé oversize réinventait le tailoring. Plus discrets que par le passé, ces accents surréalistes n'en restent pas moins la clé de voûte de son ADN.

Marie Adam-Leenaerdt PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Le vestiaire du quotidien se réinvente

La réinterprétation du vêtement quotidien n'est pas l'apanage des jeunes créateurs. Pour le printemps-été 2027, Miu Miu part également d'un vestiaire reconnaissable, mais l'associe à des éléments de sportswear et de tenues de soirée. Miuccia Prada oppose le sportswear au tailoring et à la mode du soir. Les pantalons de survêtement sont associés à des blazers et des chemisiers, les hauts de sport sont ornés de détails précieux et les robes de cocktail se portent avec des baskets. Les micro-shorts, les pulls de sport raccourcis, les maillots de rugby et les bralettes font également partie de ce vestiaire.

Selon Miuccia Prada, le principe est de rendre les vêtements de tous les jours plus intéressants et plus riches en mélangeant sport et raffinement. Ainsi, un vestiaire familier n'est pas remplacé, mais stylisé et doté d'une nouvelle allure. Le choix des matières joue également un rôle. Le daim froissé et ciré est associé à des détails semblables à des bijoux sur du satin et de la résille, tandis que le denim, en collaboration avec Wrangler, acquiert un aspect plus usé.

Miu Miu PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight
Miu Miu PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Cette position commerciale de Miu Miu correspond au fort développement de la marque au cours de la période récente. Le chiffre d'affaires retail a augmenté de 2,5 % en glissement annuel au premier semestre. Au deuxième trimestre, la croissance a atteint 2,6 %, un chiffre comparable à celui du premier trimestre. Cette croissance a été réalisée malgré une plus grande exposition au Moyen-Orient et une base de comparaison élevée : au deuxième trimestre 2025, le chiffre d'affaires retail y avait encore augmenté de 40 %.

Chez Celine, le vestiaire quotidien est également au cœur des préoccupations. Michael Rider recherche des vêtements qui semblent avoir été assemblés spontanément et sans trop d'effort. Ses silhouettes oscillent entre l'habillé et le décontracté, par exemple en associant une basket usée à une tenue raffinée, un t-shirt graphique à un costume en satin ou un blazer en velours à un simple haut noir.

Celine PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight
Celine PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Matthieu Blazy démultiplie la « femme Chanel »

Chez Chanel, le renouvellement ne passe pas seulement par le vestiaire, mais par la question de l'incarnation de la marque. Matthieu Blazy confie que, depuis sa nomination, il s'attache avec le studio et les ateliers à démultiplier les visages de la femme Chanel : adieu la muse unique, place à une pluralité de profils en résonance avec l'univers de la maison. Une vision manifeste aussi au sein de la collection PE27, où ses emblématiques coupes boxy côtoient des lignes plus fuselées, à l'image de mailles en transparence ou d'un top corset brodé de perles.

Chanel PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Le casting prouve à quel point Blazy ouvre le spectre de la maison. Bhavitha Mandava, nommée première ambassadrice indienne de l'enseigne en mars dernier, a défilé avec le look 10, drapée dans une robe noire architecturale parsemée d'imposantes applications florales. En décembre 2025, elle entrait dans l'histoire en devenant le premier mannequin indien à ouvrir un show Chanel (pour la collection Métiers d'Art 2025/26), avant de refermer le défilé haute couture printemps-été 2026 en mariée au mois de janvier.

Par ailleurs, la Nigériane Rachael Ojuromi, âgée de 22 ans, a fait ses débuts chez Chanel. Avec la styliste Debby Fasingha, elle a créé à Lagos (Nigeria), à partir de vêtements de seconde main, sa propre interprétation de la collection Métiers d'Art de Chanel. Les images sont devenues virales et ont attiré l'attention de Blazy, après quoi Ojuromi a défilé pour la première fois pour Chanel à Paris.

Bhavitha Mandava et Rachael Ojuromi lors du défilé Chanel PE27 à Paris. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Cette vision semble par ailleurs porter ses fruits sur le plan commercial. Chanel aurait enregistré une croissance de son chiffre d'affaires de 16 % au premier semestre 2026, selon des chiffres rapportés par Bloomberg et repris par Reuters. Ce chiffre n'a pas été publié par Chanel, mais il coïncide avec les premières collections de Matthieu Blazy, disponibles en magasin depuis mars. Les nouveaux modèles de sacs, en particulier, auraient suscité un grand intérêt.

Chez Dior, l'innovation est moins radicale

Chez Dior, on observe surtout comment une nouvelle vision créative se développe progressivement. Jonathan Anderson présente sa troisième collection de mode féminine pour la maison française, après avoir fait ses débuts l'année dernière.

Pour le PE27, Dior retourne au Bassin Octogonal du Jardin des Tuileries, le même lieu où Anderson a présenté sa collection AH26 pour la maison. Dans la collection également, on retrouve des éléments qui font écho à la collection AH26. L'innovation réside donc moins dans un langage visuel entièrement nouveau que dans le développement et le déplacement d'idées existantes.

Dior PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

L'invitation de Dior pour le PE27 se composait de deux noix, une référence à la tradition chinoise du wénwán, où des objets tactiles développent une patine caractéristique au fil du temps par le toucher et l'usage. Ce choix s'inscrit dans le thème de l'asymétrie et de l'imperfection de la nature. Ainsi, la maison cherche, au-delà du vêtement, des moyens de lier à la collection des idées sur le temps, le toucher et les formes naturelles.

Saint Laurent opte pour un glamour maximal

Alors que Dior s'appuie principalement sur l'existant, Saint Laurent opte pour une forme de spectacle beaucoup plus affirmée. Anthony Vaccarello a présenté la collection PE27 sous la Tour Eiffel, avec l'or comme fil conducteur. Cette couleur, que Yves Saint Laurent lui-même décrivait comme une couleur magique et la couleur du soleil, a été utilisée pour réinterpréter les codes connus de la maison de couture.

Sahariennes, trench-coats et tailoring affûté ont revêtu une allure monochrome et métallisée. Vaccarello a travaillé avec des matières allant de l'organza au latex recouvert de feuilles d'or. Les accessoires ont également été intégrés au thème, avec notamment des détails en filigrane et des chaussures aux talons en forme de serpent. Le défilé s'est achevé sur des costumes en velours noir, rompant ainsi avec l'esthétique entièrement dorée.

Saint Laurent PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Alaïa sans Pieter Mulier : un premier pas modeste

Pour la première fois depuis le départ de Pieter Mulier, Alaïa a présenté une nouvelle collection conçue par son propre studio. Mulier a fait ses adieux en mars avec sa dernière collection et est, depuis le 1er juillet, directeur de la création de Versace, où sa première collection est attendue au début de l'année prochaine. Aucun successeur n'a encore été annoncé : la maison, propriété de Richemont, prend son temps et s'appuie pour l'instant sur l'atelier et l'équipe de création interne. La maison est retournée dans l'ancien bâtiment de la Fondation Cartier, sur le boulevard Raspail, où Mulier avait également fait ses adieux.

La collection PE27 d'Alaïa montre surtout comment la maison, sans créateur attitré, reste fidèle à son identité. Le studio a opté pour des pièces reconnaissables : des vestes noires ajustées avec de petits boutons rapprochés, des jupes en cuir dont les plis descendent en spirale et de nouvelles versions des robes en maille dans des couleurs joyeuses comme le jaune beurre. Une veste en cuir bordeaux présentait également une douce allure de corset intégré autour de la taille.

C'est une approche plus douce et plus colorée que la dernière collection de Mulier en mars, qui était stricte, monochrome et presque sans accessoires. Là où Mulier recherchait la précision et la répétition, le studio opte désormais pour le répertoire familier d'Alaïa avec une main plus légère.

Alaïa PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

Cette constance stylistique contraste avec une réalité financière plus fragile. FashionUnited révélait plus tôt cette année, d'après les informations du média Glitz, qu'en dépit d'un rebond commercial, la croissance d'Alaïa ne parvenait pas à endiguer ses pertes. La griffe reste par conséquent structurellement adossée au soutien financier de Richemont.

Hermès affine ses propres codes

Hermès reste également fidèle à ses propres codes, mais leur donne pour le PE27 une allure plus légère et plus technique. La fermeture éclair est l'élément récurrent de la collection de Nadège Vanhée et est utilisée pour ajuster la longueur des jupes, parcourir des blousons en cuir ou longer un pantalon évasé. De minuscules ceintures ne fonctionnent pas seulement comme des accessoires, mais deviennent partie intégrante du vêtement. La collection joue ainsi avec le mouvement, la légèreté et des silhouettes changeantes, tandis que des matières comme la soie, le cuir et le mesh conservent l'allure luxueuse de la maison.

Hermès PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight

La collection Hermès est présentée dans un climat chahuté pour le secteur du luxe. Au premier semestre 2026, l'entreprise a vu ses ventes grimper de 6,1 % à taux de change constants, mais doit composer avec une demande chinoise à la peine. Sur cette même période, les ventes du prêt-à-porter et des accessoires se sont contractées de 2,5 %. Prochaines étapes : les grands débuts de Vanhée en haute couture prévus pour janvier, tandis que Grace Wales Bonner prend dès cette saison les rênes de l'homme.

Louis Vuitton cherche un nouvel équilibre dans les proportions

Chez Louis Vuitton, Nicolas Ghesquière déplace l'attention de la silhouette vers une manière plus légère de jouer avec les proportions. Alors que pour l'AH26, il avait misé sur des épaules marquées et des silhouettes architecturales, pour le PE27, le corps est plus souvent dessiné autour de la taille. Des volants, des détails de boutons et des éléments de ceinture accentuent le milieu du corps, tandis que le reste des silhouettes reste plus ample et plus fluide.

Ce changement s'inscrit dans la direction plus large de la collection. Ghesquière, qui se décrit comme un spécialiste de l'« armor », opte consciemment cette saison pour la légèreté et la simplicité. Des vêtements connus comme les robes, les gilets et les blousons sont réalisés dans des matières fines, souples ou presque semblables à du papier.

Louis Vuitton PE27. Crédits : ©Launchmetrics/spotlight
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Anthony Vaccarello
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