Xavier Aujard (Prêt Pour Partir) raconte son quotidien de chef d’entreprise de mode

Xavier Aujard a fondé la marque Prêt Pour Partir en 2008. Cet ancien dirigeant d’Esprit, des chaussures Caterpillar ou encore de K.Way a inventé, en précurseur, une griffe premium de vêtements d’extérieurs, parkas, manteaux, imperméables, trenchs, à la fois urbaine, intemporelle, au design fonctionnel et technique. Sans être styliste de formation, Xavier Aujard incarne véritablement sa marque. Il anime son joli show-room de la rue Saint Roch, où il reçoit pendant la Fashion Week, et participe à de nombreux salons, entre Londres, New York et Tokyo « La proximité est le centre de ma démarche », relève-t-il. Je sais ce que mes clientes veulent, elles sont fidèles et sont source d’inspiration ».

Aujourd’hui Prêt Pour Partir décline 200 clients multimarques haut de gamme, dont 30 pour cent en France, tandis que ses principaux marchés étrangers sont la Grande-Bretagne, la Suisse, mais aussi le Japon et les Etats-Unis. Le label, souvent vendu aux côtés de griffes comme APC, joue la technicité. Les produits, coupés dans des matières nobles ou des tissus techniques (imperméables, réversibles, double-face…) fourmillent d’astuces malines : pattes de boutonnages amovibles pour disposer de deux boutonnières afin de pouvoir fermer le produit à droite ou à gauche, au masculin ou au féminin, selon les envies. Coutures étanchées pour des vêtements totalement imperméables, vêtements réversibles, poches fonctionnelles, pattes de serrages, idéales pour la pratique du deux roues en villes…

Ses atouts en ces temps compliqués ? Un ADN basé sur l’intemporalité, qui, paradoxalement malgré le nom de la marque va rendre « l’après » sans doute moins délicat à gérer.

Xavier Aujard explique pour FashionUnited son quotidien de chef d’entreprise en temps d’économie à l’arrêt et détaille les problématiques auxquelles il est confronté.

Xavier Aujard (Prêt Pour Partir) raconte son quotidien de chef d’entreprise de mode

Compte tenu de la situation, en quoi consiste aujourd’hui l’essentiel de votre activité pour maintenir la société ?

Xavier Aujard : Comme tout chef d’entreprise, je dois avant tout gérer les aspects financiers. Je suis confronté à deux problématiques : l’étalement des paiements de mes clients, qui ont décalé leurs échéances d’un mois. Concrètement, la prochaine, fin mars, sera payée fin avril, et ainsi de suite. Je dois donc retarder mes prévisions d’encaissement au moins de trente jours.

Par ailleurs, je dois honorer au paiement de mes fournisseurs, notamment mon fabricant principal en Roumanie, si je veux conserver une place de choix dans son usine. Je suis donc en train de revoir mes plans de trésorerie et renégocie avec ma banque pour obtenir un découvert garanti par l’Etat, si possible jusqu’à fin septembre.

Avez -vous pu livrer tous vos produits de la saison en cours ?

J’ai livré l’essentiel de mes clients début février. Mais il est vrai qu’il reste des pièces plus légères, livrables fin mars. C’est désormais impossible, les transports entre la France et la Roumanie étant bloqués, et les magasins fermés. J’attends, disons mai pour rapatrier ce stock, que je livrerai ensuite au cas par cas, à mes clients. Certains n’en voudront plus, d’autres demanderont des conditions particulières, des gestes commerciaux. Et l’essentiel dans la situation actuelle est de conserver de bonnes relations avec les détaillants. Ma « chance », c’est d’avoir une collection essentiellement constituée d’intemporels, produits qui pourront être reconduits au printemps-été prochain et vendus sur mon e-shop.

A combien estimez-vous le manque à gagner pour votre entreprise ?

Prêt Pour Partir était jusqu’ici sur une très bonne tendance de croissance, + 40 pour cent sur l’hiver. Je vais réviser mes prévisions sur l’année à + 15, + 20 pour cent, ce qui dans le contexte actuel, est déjà une jolie performance.

Comment gérez-vous le travail à distance avec vos collaborateurs ?

Nous organisons des réunions pour « profiter » de cette période de latence pour imaginer et appréhender d’autres façon de travailler. Par exemple, nous allons renforcer le digital, shooter davantage de produits et des nouveautés pour le site de vente en ligne, le rendre plus fluide, lancer un blog, etc. Nous allons renforcer la visibilité de la marque. A Paris, mon show-room, rue Saint Roch, dispose d’une belle vitrine sur rue, il est très convivial. Il accueillait donc beaucoup de touristes, de clients de passage. Il est évidement fermé, et même avant les mesures de confinement et les fermetures, la fashion Week de début mars a été tellement désastreuse, pour tout le monde, que mon activité avait déjà baissé. Je n’ai pas reçu sur place mes acheteurs habituels.

Comment abordez-vous la collection de l’été prochain ?

C’est tout le problème. L’hiver 2020 est prêt, réglé, puisque dans nos métiers tout se fait six mois à l’avance. Nous allons simplement lancer du stock pour assurer des livraisons en juillet-août. Mais l’été 2021 s’annonce plus complexe. Il faut le préparer. Or, les clients auront forcément des stocks et Prêt Pour Partir ne se solde pas. Nous le demandons à nos détaillants. En même temps, comme le facteur saisonnalité est moindre chez nous, beaucoup de produits pourront se vendre plus tard dans la saison, à partir de septembre 2021.

Mais il va falloir porter une attention particulière sur cette prochaine collection pour rassurer les clients : je vais concevoir une gamme pleine de couleurs et de nouvelles matières. Et nous proposerons des prix d’appels. En attendant, l’Italie, d’où proviennent principalement nos matières, est à l’arrêt. Je pensais être prêt fin juin, je ne le serai vraisemblablement que fin août.

Il faut attendre que tout reparte. Et ça repartira de plus belle.

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crédit : Prêt Pour Partir

 

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