Made in France : après les discours, la bataille des achats publics
Le « Made in France » a longtemps prospéré dans les discours. De la réindustrialisation à la souveraineté économique, rares sont désormais les responsables politiques ou les dirigeants qui contestent l'intérêt de produire davantage sur le territoire national.
Mais derrière ce consensus apparent, les résultats restent plus difficiles à obtenir. C'est sur ce constat qu'est née, en janvier dernier, l'Alliance du Fabriqué en France. L'organisation rassemble des profils qui ne se retrouvent pas souvent autour de la même table ; représentants patronaux, syndicats, industriels, défenseurs du label Origine France Garantie et plusieurs figures engagées depuis des années sur les questions industrielles.
Parmi eux figurent notamment Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, Arnaud Montebourg, ancien ministre du Redressement productif, Gilles Attaf, président d'Origine France Garantie, ou encore Olivier Lluansi, spécialiste reconnu de la réindustrialisation.
Quelques mois après son lancement, l'Alliance entend désormais sortir du registre de l'intention pour s'attaquer à des sujets beaucoup plus concrets, comme les achats publics, l'épargne des Français et la formation industrielle.
Les 400 milliards d'euros de la commande publique
Le premier chantier concerne la commande publique. Chaque année, l'État, les collectivités locales et les établissements publics achètent pour près de 400 milliards d'euros de biens et de services. Pour les membres de l'Alliance, cette masse financière constitue l'un des principaux outils susceptibles de soutenir l'appareil productif français.
L'organisation travaille notamment sur la création d'un baromètre régional des achats publics et s'intéresse à plusieurs initiatives déjà expérimentées dans certaines collectivités, notamment en Bretagne. L'objectif n'est pas seulement d'augmenter la part du fabriqué en France dans les marchés publics. Il s'agit également d'identifier les mécanismes qui permettent réellement aux entreprises industrielles françaises d'accéder à ces contrats.
Car derrière le débat sur la souveraineté économique se cache une question très pragmatique : comment transformer la puissance d'achat publique en activité industrielle et en emplois sur le territoire ?
Réorienter une partie de l'épargne vers l'industrie
Autre sujet, l'épargne. Les Français comptent parmi les plus gros épargnants d'Europe. Pourtant, une part importante de cette épargne reste investie dans des produits peu connectés au financement direct des entreprises industrielles.
L'Alliance soutient ainsi plusieurs initiatives destinées à rapprocher l'épargne privée de l'économie productive. Parmi elles figurent « Sélection Vega Industrie France », lancé avec le soutien de la CFE-CGC de Belfort, ainsi que le projet de fonds souverain « France Impulsion Emploi ».
L'idée étant qu'une partie des capitaux aujourd'hui immobilisés pourrait contribuer au financement d'investissements industriels ou à la croissance d'entreprises implantées dans les territoires. Pour y parvenir, il faudra toutefois lever un frein majeur en persuadant les épargnants et les professionnels de la gestion que l'industrie locale peut aussi être rentable.
La question que toutes les usines se posent
L'argent ne résout pas tout. De nombreuses entreprises industrielles se heurtent aujourd'hui à la difficulté de trouver les compétences dont elles ont besoin. Techniciens, opérateurs spécialisés, ingénieurs ou personnels de maintenance figurent parmi les profils les plus recherchés dans de nombreux bassins industriels.
L'Alliance a engagé un travail d'identification d'initiatives locales susceptibles d'être reproduites ailleurs. Parmi les exemples étudiés figure le bassin de Lacq-Pau-Tarbes, régulièrement cité pour sa capacité à rapprocher entreprises, établissements de formation et collectivités locales.
Car la réindustrialisation ne dépend pas seulement des usines ou des investissements. Elle repose aussi sur la capacité des territoires à former les salariés dont les entreprises auront besoin demain.
Du plaidoyer à l'influence
L'Alliance ne cache pas ses ambitions. Depuis sa création, ses représentants ont multiplié les échanges avec plusieurs ministres, parlementaires, collectivités et grands acheteurs publics.
Parmi les sujets défendus figure notamment une meilleure prise en compte du fabriqué en France dans les achats publics, ainsi qu'une représentation au sein des instances nationales chargées de ces questions.
Après plusieurs années de débats sur la souveraineté économique, l'enjeu n'est plus vraiment de convaincre de l'intérêt du Made in France. Il est désormais de savoir quelles décisions concrètes peuvent encore être prises pour renforcer la production sur le territoire.
C'est sur ce terrain que l'Alliance du Fabriqué en France sera attendue.
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