La Chaire Lectra s’est penchée sur le développement durable

Le 14 octobre dernier a marqué le coup d’envoi de la FashionTech week de Paris, via la conférence de la chaire Lectra-Escp Europe, toujours attendue. Avec une thématique d’actualité s’il en est : « comment les business models responsables réinventent-ils la mode ? »

Autour de Valérie Moatti, co-directrice scientifique de la Chaire Chaire Lectra - ESCP Europe, plusieurs experts ont présenté les initiatives et les solutions mises en place pour faire de la moe durable. Parmi eux, Damien Pellé, directeur du Développement Durable aux Galeries Lafayette, Philippe Ribera, Vice-Président Innovation chez Lectra et Géraldine Vallejo, Sustainability Programme Director du groupe Kering.

Deux postulats de base ont amorcé le débat : « l’enjeu de la mode durable est de venu un sujet « cœur de métier » pris en main par les Ceo des marques. Le forum du Global Fashion Agenda, dont Kering est membre, suscite actuellement un engouement sans précédent », comme l’a relevé Géraldine Vallejo (Kering). Tandis que le Fashion Pact, officialisé à Biarritz lors du dernier G 20, a fédéré 32 des plus grands acteurs de la mode mondiale autour d’objectifs concrets et échelonnés dans le temps. Il y a en effet urgence, puisque le textile a la réputation d’être la deuxième industrie la plus polluante au monde. Une information erronée, comme cela a été démontré, même si c’est indéniablement une industrie consommatrice de ressources. Plusieurs grandes thématiques liées aux business models émergents ont été abordées lors de cette table-ronde. Revue de détail.

Les investissements en recherche sur la mode durable

C’est le nerf de la guerre. Or, comme l’a fait remarquer Philippe Ribera, (Lectra) « Il n’y a pas assez d’investissements en recherche pour repenser le textile en Europe alors que c’est le marché principal de la mode. Nous sommes face à un gros enjeu industriel, celui de faire de la recherche et de l’innovation pour une mode durable. Il faut garder à l’esprit que la Chine et les Etats-Unis font actuellement beaucoup plus d’efforts que l’Europe dans le domaine ».

La réglementation pourrait aussi donner un coup de pouce à la mode durable, comme l’a fait observer Damien Pellé, (Galeries Lafayette), l’un des initiateur du mouvement Go for Good: « Une Tva qui taxerait moins les produits éco-conçus serait la bienvenue, la réglementation doit changer également en faveur du développement durable ».

Le marché de la seconde main

Celui – ci connaît une explosion vertigineuse : 40 pour cent des Français auraient acheté un produit de mode « d’occasion » cette année, une proportion extrêmement significative. Et ce notamment dans le secteur du luxe : « la seconde main représente 7 pour cent de la valeur du marché. Un quart des consommateurs de luxe achètent de la seconde main, un tiers en revendent, c’est énorme, la Chine représentant un gros débouché », a relevé Géraldine Vallejo (Kering).

« La déconsommation est un phénomène qu’on prédit depuis longtemps mais qui a déjà commencé, a estimé Damien Pellé. Et ce pour des motifs économiques mais aussi écologiques et éthiques.

Mais la rentabilité de ce modèle n’est toujours pas démontrée souligne le responsable aux Galeries Lafayette. C’est pourquoi les acteurs se demandent s’ils doivent y aller dès à présent ou attendre encore ». Quelques grands distributeurs ont tranché et explorent aujourd’hui cette piste, espérant remporter la prime aux premiers entrant. C’est ainsi que H&M vient de renchérir au capital de Sellpy, plateforme suédoise de seconde main, ou encore que le groupe français Beaumanoir est en train de monter un chaîne ad hoc pour en distribuer.

A noter aussi l’expérience d’Atelier Bocage, qui permet au client de louer des chaussures pour 29 euros par mois la paire, à rapporter tous les deux mois pour être reconditionnée, à l’instar d’une consigne… La seconde main peut alors valoriser la première…

Le recyclage

Cette valeur montante de la mode durable n’en est cependant qu’à ses balbutiements industriels. Le démonstrateur de recyclage de fibres courtes de coton du Ceti (Centre Européen des Textiles Innovants, inauguré en septembre dernier est une première européenne. Il a fait beaucoup parler de lui et s’allie des partenaires de poids, comme Decathlon et Okaïdi, qui souhaitent apprendre de cette ligne conçue pour des tests et de toutes petites productions des bonnes pratiques et la validation de leurs propres recherches. L’objectif étant de dupliquer ce nouveau process à une échelle industrielle. Mais on en est encore loin. Comme l’a rappelé Philippe Ribera, : « moins d’un pour cent du textile redevient du textile. Techniquement, on ne sait pas encore comment séparer les fibres, base du recyclage textile, à amplitude industrielle. C’est un énorme sujet, en attente d’une rupture technologique ».

Les facteurs les plus impactants en matière d’environnement

Contrairement aux idées reçues, le transport des produits n’est pas un élément ultra déterminant. Selon Géraldine Vallejo, celui-ci ne représente au sein du compte environnemental du groupe « que » moins de 5 pour cent du total, contre 90 pour cent pour la chaîne d’approvisionement et les matières premières, comme le cuir ou laine. « C'est là-dessus que porte l'effort », a-t-elle expliqué.

L’effet « matières » est déterminant sur l’environnement. Damien Pellé a de son côté pointé l’impact du polyester : « 60 pour cent du textile mondial est composé de polyester, dont les microfibres se détachent et vont polluer les océans ».

Un grand paradoxe pour finir, relever par Damien Pellé : « 50 pour cent des Français déclarent avoir acheté un produit de mode responsable cette année, mais 22 pour cent seulement connaissent le nom d’une marque engagée ». La visibilité de la mode durable doit monter en puissance.

photo : Chaire Lectra-Escp Europe, FashionTech Week Paris ; Kering

 

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