Économie Sociale et Solidaire : trois structures à l’épreuve de leur modèle économique

La Réserve des Arts, La Fabrique Nomade et La Fabrique de la Goutte d’Or : en quelques mois, trois acteurs de l’Économie Sociale et Solidaire liées à la mode ont cessé ou fortement réduit leur activité.

Réemploi des matières, insertion professionnelle et confection locale : pourquoi les structures de l'ESS qui ont pris en charge une partie de la transition sociale et environnementale de la mode n'arrivent-elles plus à faire tenir leur modèle économique ? Les réponses diffèrent d’un cas à l’autre.

La Réserve des Arts : le réemploi des matières à l’arrêt

Le 19 août 2026, le tribunal des activités économiques de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de La Réserve des Arts, association loi 1901 à but non lucratif, relevant de l’économie sociale et solidaire (ESS).

Créée en 2008 par Sylvie Bétard et Jeanne Granger, son action consistait à récupérer auprès des entreprises et institutions des matériaux dont elles n’avaient plus l’usage, les trier et les valoriser pour les remettre en circulation auprès des professionnels de la culture, de la création et de l’artisanat.

La Réserve des Arts avait notamment développé une activité importante autour du textile, du cuir et de la mercerie.

Dans un post Linkedin, l'équipe explique : « Le début de l'année 2026 a été marqué par une dégradation des équilibres organisationnels, de gouvernance et financiers, déjà fragiles. La fatigue accumulée après un déménagement complexe, des tensions organisationnelles, la fragilité du modèle économique de l'association et, plus largement, la précarité des conditions de travail qui traverse aujourd'hui de manière systémique de nombreux acteurs de l'Économie Sociale et Solidaire, ont contribué à la rapide détérioration du fonctionnement de la structure, et empêchent la continuité de ses activités, en Île-de-France et en région Sud. »

« Nous constatons, avec déception et amertume, que nous ne sommes pas parvenus à trouver de modes de gestion, de gouvernance et de financement pérennes qui prennent soin des humain·es comme l'on prend soin des matériaux. »

La Fabrique Nomade contrainte de revoir son modèle économique

La Fabrique Nomade, une association à but non lucratif relevant égalemen de l'ESS, a été créée en 2016. Elle accompagnait des artisans réfugiés et migrants afin de leur permettre de valoriser en France leurs savoir-faire, notamment dans la couture, la broderie et la bijouterie, et de s'insérer professionnellement.

En mai 2026, elle a dû mettre fin à son atelier d’insertion et fermer son espace du Viaduc des Arts. Depuis, elle revoit son modèle.

« Aujourd’hui, le contexte dans lequel évolue La Fabrique Nomade a profondément changé, écrit Inès Mesmar, fondatrice et directrice de La Fabrique Nomade sur Linkedin. Les politiques publiques ont progressivement réduit les moyens alloués aux associations engagées dans l’accueil et l’intégration. Les acteurs de l’insertion voient aussi leurs conditions d’intervention se dégrader. »

« Pour La Fabrique Nomade, les baisses de subvention conduisent à l’arrêt de notre atelier d’insertion et à la fermeture de son espace au Viaduc des arts. Pour continuer à agir et préserver notre mission, La Fabrique Nomade engage aujourd’hui une phase de transformation. Ce n’est pas une fin. C’est un tournant. »

À la Goutte d’Or, la coopérative disparaît mais le projet continue

L’objectif de cette coopérative artisanale, liquidée en février 2026, était de permettre aux ateliers de la Goutte d’Or (Paris 18e) de se regrouper pour accéder à un local, du matériel, des services et des commandes auxquelles ils n’auraient pas pu accéder individuellement.

Selon Luc Dognin, président de l’Association des professionnels de la mode et du design de la Goutte d’Or, interviewé par FashionUnited, les financements publics avaient vocation à amorcer le dispositif et financer les équipements. Mais la disparition de la coopérative ne résulte pas d’un manque de subventions. Il évoque des problèmes de gestion, un développement insuffisant de l’activité et un manque de commandes.

Cependant, la disparition de la coopérative n’a pas entraîné la disparition du projet. L'association subsiste avec un atelier partagé qui accompagne quatre couturiers.

« La coopérative a accumulé des dettes et n’a pas pu être sauvée malgré une période d’observation d’environ un an et des tentatives pour obtenir un étalement, précise le président. Mais les donneurs d'ordre sont toujours accueillis par l'atelier partagé et les commandes traitées ».


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