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Baromètre du jour : 0 % — Le tarif douanier qui va redessiner la carte du sourcing européen

Ce mardi 27 janvier 2026 marque un tournant pour l’industrie mondiale de l’habillement. L’un des chiffres les plus emblématiques de l’actualité économique est le passage à 0 % des droits de douane sur les produits textiles indiens importés dans l’Union européenne, une mesure phare de l’accord de libre-échange conclu aujourd’hui à New Delhi.

Jusqu’ici, les exportateurs du sous-continent opéraient avec un handicap structurel majeur. Contrairement au Bangladesh ou au Vietnam, l’Inde n’était pas éligible au régime préférentiel général (GSP) rappelle Reuters, et ses produits subissaient des tarifs compris entre 9,5 % et 12 %.

En ramenant ce curseur à zéro, l’accord brise un plafond de verre et place New Delhi sur un pied d’égalité avec ses voisins directs, ouvrant un boulevard pour ses exportations. Selon les projections de la Commission européenne, ce mouvement pourrait doubler les exportations indiennes de vêtements vers l’UE dans les prochaines années.

Un contrepoids face aux barrières américaines

Le timing n’est pas anodin. Les exportateurs indiens subissent de plein fouet des droits pouvant atteindre 50 % sur certains produits textiles aux États-Unis. L’ouverture du marché européen à taux nul constitue une véritable soupape de sécurité, offrant un débouché alternatif stratégique pour compenser la fermeture partielle du marché nord-américain. Pour les donneurs d’ordre européens, c’est également l’opportunité de capter des capacités de production massives qui cherchent de nouveaux ancrages géographiques.

Cette dynamique s’appuie sur une base solide. En 2022, malgré des barrières douanières élevées, l’Inde exportait déjà pour 7,3 milliards de dollars de textiles vers l’UE, captant environ 13 % des importations européennes du secteur. La suppression des droits devrait agir comme un accélérateur de compétitivité, tout en favorisant une montée en gamme rapide des produits indiens.

De la marchandise à la « servicisation » des chaînes de valeur

L’accord prévoit également un volet services et investissements, un domaine où les échanges bilatéraux représentent déjà près de 83 milliards de dollars, indique The Economic Times. Pour les groupes européens, cela se traduit par une intégration plus fluide dans des chaînes de valeur « servicisées » : centres de design, solutions retail tech ou logistique avancée peuvent désormais s’inscrire dans un cadre juridique et fiscal plus stable.

Cependant, ce « tarif zéro » impose une réflexion profonde sur la souveraineté industrielle européenne. Si les marques bénéficient de marges protégées grâce à des coûts d’approvisionnement réduits, les producteurs européens de milieu de gamme font face à une concurrence directe redoutable. Le défi pour l’industrie de l’UE sera de ne pas se laisser distancer sur l’innovation technique, où l’Inde, forte de sa maîtrise verticale — du coton à la confection —, dispose désormais d’un boulevard vers les consommateurs européens.

Vers un nouvel équilibre commercial

Ce passage au taux zéro n’est donc pas seulement une victoire douanière pour New Delhi. Il symbolise un basculement des flux mondiaux, contraignant l’Europe à repenser son modèle industriel entre sourcing délocalisé et relocalisation à haute valeur ajoutée. À court terme, il offre des gains de compétitivité et de flexibilité. À moyen terme, il pourrait entériner le défi de désindustrialisation, en déplaçant durablement les volumes de production vers des pays où les coûts unitaires restent compétitifs, même sans barrières tarifaires.


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