Les soldes d'hiver : un contexte de démarrage compliqué

Paris - Raccourcis pour essayer de leur rendre leur lustre, les soldes d'hiver, qui ont débuté mercredi, doivent permettre aux commerçants touchés par les grèves dans les transports depuis plus d'un mois de se refaire une santé financière tout en vidant leurs stocks.

C'est le ministre de l'Economie Bruno Le Maire qui s'est chargé de « couper le ruban » lançant l'événement, aux Galeries Lafayette à Paris, libérant une foule majoritairement composée de touristes asiatiques, pressée de dépenser.

Passant devant le stand des parfums de luxe Frédéric Malle, M. Le Maire demande à la vendeuse : « ce sont de très beaux produits mais vous ne faites pas de soldes, non ? ». « Ah non, jamais », répond-elle en souriant.

Plus loin, alors qu'il admire un sac à main, une cliente lui lance: "c'est la galère en ce moment, vous pouvez essayer d'arranger ça monsieur le ministre ? ».

« C'est un moment très important pour l'ensemble des commerçants (...), à qui je souhaite de faire en sorte que ce soit réussi et qu'ils puissent rattraper une partie du chiffre d'affaires qu'ils ont perdue à cause des mouvements de grève », affirme alors M. Le Maire, avant de poursuivre sa visite au Printemps, le grand magasin voisin.

Quatre semaines au lieu de six

Comme inscrit dans la loi Pacte, ces soldes - le seul moment où les commerçants peuvent vendre à perte - dureront désormais quatre semaines contre six auparavant, été comme hiver.

85 pour cent des Français considèrent que la période des soldes n'a plus rien d'exceptionnelle

En effet, explique à l'AFP Yves Marin, expert distribution au sein du cabinet Bartle, « maintenir les gens dans une pression commerciale trop longue trop longtemps, c'est compliqué et on voit bien que le système des décotes successives, "historique", est plutôt "has been" et qu'il faut commencer d'entrée à -50 ou 70 pour cent à présent ».

D'autant plus que, selon un sondage OpinionWay pour le groupe Marques Avenue, 85 pour cent des Français considèrent que la période des soldes n'a plus rien d'exceptionnelle et 73 pour cent admettent ne pas faire la différence entre les différentes opérations commerciales comme les « ventes privées » ou le « Black Friday ».

Contexte particulier oblige, ces soldes sont en revanche très attendus par les commerçants: après les « gilets jaunes » l'an dernier, « on en est à deux ans de baisse très forte sur un mois (décembre, NDLR) qui vaut pour certains secteurs 30 à 40 pour cent de l'année », souligne à l'AFP Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos, la fédération du commerce spécialisée qui représente 260 enseignes.

Et pourtant, ajoute-t-il, « après un "Black Friday" qui n'avait pas été mauvais, on n'imaginait pas que cette année serait aussi compliquée », à tel point que « nos adhérents sont dans une sorte d'adaptation au jour le jour de la situation ».

« Décroissance »

A Paris, la baisse du chiffre d'affaires fin décembre était ainsi de l'ordre de 18 pour cent, précise-t-il, « avec des impacts très forts dans les gares (-33 pour cent) et certains sites, dont le Forum des Halles (-40 pour cent) ». Au Printemps, on déplore sur la même période une baisse de 7 à 8 pour cent du chiffre d'affaires, précise à l'AFP son directeur Pierre Pelarrey.

En province, la grève des transports se fait moins sentir, et les baisses d'activité sont moindres, affirme M. Le Roch, même si là aussi, « le temps disponible pour consommer a été réduit du fait des problématiques d'école, de garde d'enfants et de déplacements ».

« On a eu beaucoup de soucis avec les grèves, manifestations, gilets jaunes... c'est indéniable », confirme à l'AFP Jim Dahmoune, gérant d'une boutique de prêt-à-porter féminin située dans la très commerçante rue de Béthune, à Lille. « Les fêtes de Noël ont été très compliquées, il n'y avait plus personne dans les rues ».

Sophie, 50 ans, rencontrée par l'AFP rue de Siam, l'une des principales artères de Brest, affirme pour sa part avoir pris « l'habitude de faire des affaires sur Internet ».

Et puis, ajoute-t-elle, « de toute manière, j'achète beaucoup moins qu'avant », seulement « le strict nécessaire (car) je suis dans une sorte de décroissance : je contrôle mes impulsions lorsque je vois quelque chose qui me plaît ». (AFP)

Photo : Unsplash

 

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